Gagnerons-nous encore ? - Roger Carter

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Gagnerons-nous encore ?

Gagnerons-nous encore ? - Roger Carter

Dans ma ville, cette année, un concours du jardin le plus fleuri est organisé. Je l’ai lu un matin dans notre journal local. J’en parlais à ma femme. Le jardinage, ce n’est pas son truc. Elle n’a pas le pouce vert. C’est toujours moi qui me suis occupé du jardin. Biner, planter, sarcler, voilà des occupations qui me conviennent. Je n’ai pas toujours l’œil heureux pour les couleurs. Judith, ma femme, choisit avec moi, car je n’arrive pas à les accorder aussi bien qu’elle. Pour moi, un rouge brique et un bleu vif peuvent se marier sans difficulté ; mes premiers essais donnèrent à notre jardin, l’allure d’un cirque. Je n’avais pris des fleurs qu’en jaune et en rouge. Nos amis et de nos voisins me persuadèrent de prendre un conseil féminin.

L’année suivante, des camaïeux de blancs, roses, mauves, bleus s’épanouirent. Une belle réussite, qui attira de nombreux commentaires élogieux. À tel point, que j’étais sûr que notre participation à la compétition de jardinage serait couronnée de succès. La date prévue pour son déroulement se situait en été. Nous étions au début du printemps, j’avais le temps de trouver des vivaces et des annuels pour que mon jardin soit le plus fleuri. Je commençais par feuilleter les catalogues de plantes. Judith pris très au sérieux son travail d’harmonisation entre les floraisons. Nous avions déjà une bonne base. Des rosiers et d’autres petits arbustes et buissons étaient disposés au centre des massifs. À leurs pieds, des tapis de primevères s’étalaient. Je savais qu’au moment où je devais présenter mon jardin aux juges du concours, elles auraient défleuri depuis longtemps. Je pris soin de commander des végétaux qui s’épanouiraient au bon moment.

Le jour tant attendu arriva, enfin. Tranquillement installé sous mon auvent, je savourais cet instant. Je me projetais dans le futur, la médaille du premier prix passée autour du cou. Les applaudissements résonnaient dans ma tête comme si je les vivais. Au moment où les juges pénètrent dans le jardin, un aboiement résonne. Tipi, le chien de ma voisine, gratte la terre de mes chers massifs. Il en envoie partout. Les belles fleurs sont à présent toutes abîmées et mon rêve s’est envolé. À la vue de mon désappointement, un des juges se tourne vers moi, l’air désolé. Je hausse les épaules et soupire d’un air résigné. Les juges partent du jardin, et je reste seul avec ma femme, triste, elle aussi. Je bouche le trou dans le grillage par où le chien est passé. La sonnerie du téléphone retentit. C’est un appel des juges. Ils nous remettent le premier prix à l’unanimité. Même si notre jardin a été dévasté, il n’en reste pas moins le plus joli du quartier. Hourra, nous avons gagné !