Un mas en Provence - Roger Carter

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Un mas en Provence

Un mas en Provence - Roger Carter

Mon oncle est un homme qui a beaucoup voyagé dans sa vie. Il avait vécu quelque temps à l'île de la Réunion, au Maroc, à Madagascar, et en Afrique. À l'heure de la retraite, avec ma tante, ils avaient souhaité se retirer dans un joli coin tranquille, et, après quelques réflexions, ont choisit de vendre leur appartement parisien pour acheter un mas en Provence. Quelques travaux avaient été indispensables avant d'emménager et de s'installer définitivement dans cette maison ancienne aux pierres blanches et aux murs recouverts de Bougainvilliers.

Ma tante, passionnée de décoration et d'architecture, s'investit plusieurs mois sans relâche pour rendre à ce lieu toute son âme d'antan. Elle dénicha chez les antiquaires du coin des pièces d'autrefois, qu'elle mélangea savamment avec quelques objets et mobiliers design signés d'artistes contemporains. Elle avait redonné aux sols leur beauté initiale en cirant les tomettes de la cuisine et vitrifiant les parquets des pièces de vie. Des tapis moelleux aux tons très clairs donnaient l'envie de toujours marcher pieds nus. Ma tante avait du goût et savait parfaitement rendre vie à une maison. Chaque lieu qu'ils avaient habité, mon oncle et elle, lui ressemblaient : comme un couturier a sa griffe, elle avait sa propre signature dans ses lieux de vie.

Puis lorsqu'elle avait accompli son travail de décoratrice, elle prenait du temps pour elle. Elle écrivait pour une revue de mode, honorait ses rendez-vous chez son chirurgien esthétique pour quelques séances de Botox, et déjeunait régulièrement avec des amies parisiennes qui avaient leur résidence secondaire en Provence.

Mon oncle quant à lui, ne pouvait envisager une retraite inactive, cela ne correspondait ni à ce qu'il était ni à ce qu'il souhaitait. Tous les deux désiraient s'impliquer à promouvoir l'histoire de ce village provençal qu'ils avaient fait leur. Ils créèrent une association destinée à lier les villages des alentours et étudier l'histoire des habitants et des maisons construites au cours des derniers siècles. Tous deux visitaient, recherchaient, répertoriaient, prenaient des contacts, etc.

Puis ma tante décéda subitement, laissant mon oncle seul à poursuivre cette action qu'ils avaient entrepris ensemble. Leur fille unique vivant à Bangkok, la solitude de Jean fut immense. Il consacra alors tout son temps à cette association qu'ils avaient initiée ensemble, et pris en charge la création d'un écomusée local.

De chaque situation qu'il avait traversée dans sa vie, de chaque pays dans lequel il avait vécu, il avait toujours su s'adapter. Et de nouveau, malgré le plus terrible événement de sa vie, c'est ce qu'il parvenait encore à faire.