Une évolution difficile - Roger Carter

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Une évolution difficile

Une évolution difficile - Roger Carter

Ma mère revenait de l’hôpital. Elle s’était fait soigner ses traitement varices et devait faire le maximum pour ne marcher que très peu de temps les premiers jours. Je restais chez elle pour lui faire ses courses et à faire tout le nécessaire. Cela me faisait bizarre de revenir vivre dans la maison de mon enfance. Cela faisait des années que j’avais quitté cette ville pour vivre en centre-ville pour ne plus sursauter au réveil le matin par un son de vaches, de poules, ou de je ne sais quoi d’animal. Je ne possédais pas ce que possédaient mes frères et sœurs pour ce qui est du savoir-vivre dans la campagne. J’avais toujours été littéraire, et j'avais toujours rêvé de devenir journaliste. Il y a certains métiers qui ont pour particularité de faire croire à l’ultime liberté. Je connaissais par cœur tous les alentours de cette maison. Les livres qui y étaient à l’intérieur m’avaient fait voyager bien plus loin. J’ai toujours su que je deviendrais journaliste pour le simple fait de relater le présent des pays lointains.

La première fois que j’arrivais à l’université, j’avais semble-t-il un teint halé typique des gens de la terre. Tout le monde avait compris que j’étais de la campagne, non seulement pour cela, mais aussi par ma façon de parler. Un de mes meilleurs professeurs m’en fera la remarque un jour pour me dire que je devais faire énormément d’efforts pour apprendre à parler correctement. J’avais pourtant une culture littéraire très fournie, cependant, je devais certainement manquer de savoir-vivre. Pendant près de deux ans, je fréquentais le plus grand nombre de personnes possibles en scrutant au détail près leur façon d’être et leur façon de parler. Lorsque je touchais ma première paye, je retournais voir mes parents à la campagne pour leur offrir quelques trucs. Je n’avais jamais reçu autant de critiques à la figure sur ma nouvelle façon d’être et de parler. Tout le monde y allait de sa petite blague. Mon père me faisait même le petit doigt en l’air lorsqu’il prenait une tasse de café pour se moquer de moi. Lorsque je recevais mon premier prix pour un article, je ne les invitais pas. Je ne voulais pas me sentir ridicule jusqu’à ma retraite à cause de quelques membres de ma famille qui ne comprenaient pas qu’il fallait de temps en temps évoluer. La raillerie, c’est le prix à payer de tous ceux qui veulent se dépasser.